Spectacle 4.48 Psychose à Paris du 24 septembre au 15 novembre 2026

La pièce de théâtre 4.48 Psychose de Sarah Kane est présentée dans une nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala. L'ultime œuvre de l'autrice est portée à la scène par le metteur en scène Jacques Osinski et l'actrice Sandrine Bonnaire, qui collaborent de nouveau après L'Amante anglaise en 2024.

Le spectacle se tient du jeudi 24 septembre au dimanche 15 novembre 2026, à 15h et 19h, au Théâtre de l'Atelier à Paris.

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Du au

15:00 • 19:00

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de 20 à 45 €

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Plus d'infos sur le spectacle 4.48 Psychose à Paris

“Ouvrez les rideaux, s’il vous plaît.” Sarah Kane

Après le succès de L’Amante anglaise de Marguerite Duras en 2024, Jacques Osinski et Sandrine Bonnaire se retrouvent pour s’emparer de l’ultime œuvre de Sarah Kane, véritable séisme dans l’histoire du théâtre contemporain. Dans ce texte testamentaire d’une force inouïe, l’autrice livre à travers ce chant d’amour, toute sa soif de vie, sa quête absolue de beauté. Plus de vingt ans après sa création en France, 4.48 Psychose renaît dans une nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala.

« Écoutez-moi, je vous en supplie ». Ainsi se terminait L’Amante anglaise de Marguerite Duras. Ce spectacle a marqué une nouvelle étape dans ma façon de travailler et signé une rencontre importante avec Sandrine Bonnaire. Avec elle, j’ai eu envie d’aller plus loin dans l’exploration d’un texte de femme. 4.48 Psychose s’est imposé comme une évidence. Comme dans L’Amante anglaise, il s’agit de mettre à nu une âme qui se débat. Comme L’Amante anglaise, 4.48 Psychose – écrit sans didascalie ni indication de personnages – interroge l’essence du théâtre, explore ce qu’il pourrait être, repoussant les limites des traditions, créant une nouvelle forme à force de chercher la vérité. Le cri qui déchirait L’Amante anglaise « Écoutez-moi » déchire 4.48 Psychose.

Je vois 4.48 Psychose comme un affrontement entre une volonté et un empêchement d’exister. La pièce est comme une prière que personne ne comprend, peut-être pas même celui ou celle qui en prononce les mots. Une personne (ou une voix ou des voix) parle face à une assemblée qui écoute sans arriver à entendre, à comprendre. Composé presque comme un poème sans indication scénique ni personnage, le texte est fait de voix, peut-être sont-elles multiples, peut-être en est-ce une seule. On a pu monter la pièce avec plusieurs comédiens ou un.e seul.e. Pour moi, il s’agit, d’une « symphonie solo », pour reprendre une expression du texte, qui sera incarnée par la seule Sandrine Bonnaire, passeuse de ces multiples voix enfermées dans une tête, avançant jusqu’à l’amenuisement des mots et la disparition qui viendra à 4h48. Une autre voix, l’interroge, vraisemblablement celle d’un.e médecin, de quelqu’un dont elle aurait voulu être proche et par qui elle se sent trahie. Cette voix pourrait n’être qu’une image sans incarnation physique sur scène renforçant ainsi cette sensation de voix multiples.

« Ils m’aimeront pour ce qui me détruit » est-il dit dans 4.48 Psychose. Sarah Kane a marqué le théâtre des années 1990, sa première pièce Anéantis frappant comme un coup de poing le paysage théâtral en 1995. Je suis de la génération qui a vu débouler Sarah Kane sur la scène théâtrale, un vent de renouveau, un scandale au sens étymologique, une mélancolie aussi, la mort qui vient vite. Un météore. Des détracteurs, les pour, les contre. En 1999, Kane se suicidait. 4.48 Psychose, jouée après sa mort, est alors apparue comme son testament. Je trouve intéressant de réexplorer son écriture vingt-cinq ans après, de voir ce que l’œuvre est devenue tout en ayant le privilège d’avoir connu l’époque de sa genèse.

La nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala permet de redécouvrir le texte. C’est le privilège de la traduction. Le même texte mais autrement. Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre. Une nouvelle traduction pour un œil neuf. Avec le recul des années, la pièce peut aujourd’hui être regardée comme ce qu’elle est : un grand texte, existant indépendamment de l’histoire de son autrice même si plus qu’avec d’autres auteurs, la tentation est grande de vouloir percer le mystère Kane, de chercher qui elle était au travers de ses textes, comme si sa personnalité était si forte que l’envie de la connaître, de la comprendre subsistait au-delà de la mort. 4.48 Psychose est le récit d’une personne qui lutte pour exister, un combat pour la vie. En la mettant en scène aujourd’hui dans la nouvelle traduction de Vanasay Khamphommala, il s’agit aussi d’affirmer la place de Sarah Kane comme une autrice appartenant désormais au répertoire.

Sarah Kane me fait énormément penser à Georg Büchner, écrivain qui m’accompagne depuis toujours et dont j’ai mis en scène tous les textes à l’exception de La Mort de Danton, auteur dont elle avait elle-même mis en scène le Woyzeck. Il y a chez eux la même inadéquation au monde, la même façon d’être mort trop tôt, laissant le public en attente d’une œuvre grandiose à venir, le même rapport au langage, une façon de donner aux mots une valeur inusitée. Woyzeck ne sait pas manier les mots, en emploie peu mais chaque mot qu’il prononce possède un poids particulier, une force que les autres ne comprennent pas. Comme lui, la voix de 4.48 Psychose donne aux mots un sens plus fort que celui que leur donne le commun des mortels. Au cœur des deux œuvres, la folie. Ici, j’ai envie de l’explorer pour de vrai, de l’affronter. Il s’agira d’examiner le concret de l’enfermement, de la psychose. 4.48 Psychose n’est pas un poème mais une œuvre de théâtre. Il s’agit d’incarner la folie, d’échapper à la tentation du « poème dit » tout comme à celle de mimer à l’excès la folie. Les sources de 4.48 Psychose sont nombreuses. On a beaucoup cité Terre vaine de T.S Eliot. Sur la table de chevet de Sarah Kane, au moment de sa mort, d’autres livres : Le fauteuil d’argent de CS Lewis, Les Souffrances du jeunes Werther ainsi que des témoignages: Malignant Sadness, the anatomy of depression de Lewis Wolpert et La Nation Prozac d’Elizabeth Wurtzel, décrit comme les « memoir of a gifted woman’s breakdown ». Toutes ces sources soulignent le fait que loin de n’être qu’une « lettre de suicide de 75 minutes » comme l’avait dit un critique lors de la création, 4.48 Psychose est une vraie œuvre d’écriture. Une écriture à explorer. Une écriture éminemment théâtrale.

« À l’extrême fil du coupant de l’arête, à la dernière et plus extrême tranche de la mesure pariétale de son effort. Paroi après paroi, l’acteur développe, il étale ou referme des murs, des faces passionnelles et suranimées de surfaces où s’inscrit l’ire de la vie » disait Artaud de qui Kane, après l’avoir ignoré dans un premier temps, s’est découvert étonnamment proche dès qu’elle l’a lu (Antonin Artaud, « aliéner l’acteur » paru dans l’arbalète).

« La dépression, c’est de la colère » est-il dit dans 4.48 Psychose… Explorer la folie, explorer la colère, explorer ce qu’est le jeu théâtral avec une comédienne de la trempe de Sandrine Bonnaire, tel sera l’enjeu. Jacques Osinski

Dates de représentation : 4.48 Psychose

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